Dans mon salon

Lustre en ermitage ; le verre et la lumière ont des accointances étranges. Le rêve a son trône au plafond. Oui là-haut, là devine le sceptre aux mains de l’imagination. Mais cette imagination sent le béton, et des couches de plâtre l’ont prise en otage. Le verre s’allume et devient cristal. Réverbération liquide, le néon batifole,-éclatement d’étincelles. On dit que ce soir le ciel est tout plein d’étoiles. Les caravaniers chantonnent d’étranges rappels. Le ciel soupire et ne l’entendent que les scorpions de sable et les dromadaires. Les caravaniers ont soif et l’urne n’étanche point le mal. On dit que ce soir est un ciel beau. Beau comme l’angoisse des caravaniers qui n’étanchent point la soif. Voilà bien des lunes, qu’ils ont épuisé la beauté du ciel dont le désert fou se vante tant. Voici des étoiles qu’ils ne regardent plus la nuit qui s’en va coucher là-bas dans les bras traîtres du simoun dyslexique. Je rêve de déserts, de ciels et de caravaniers qui tous défilent dans mon salon lui bien réel. Lustre en ermitage ; le verre et les caravaniers ont des ressemblances myopes. Et vous, oui vous assis dans votre salon, de quoi rêvez-vous ? Rêvez-vous de caravaniers de déserts et de ciels ? Vous assis dans le réel sans rien pour aller autre part, avez-vous dans vos yeux, plein d’étoiles, sentez-vous sur votre épiderme la morsure du simoun, et dites, entendez vous les légendes se dédire dans la bouche des caravaniers ? J’entends sous la lumière vacillante du lustre en ermitage, tout le désert rire, tout le ciel soupirer et toute l’urne suinter. Je vois dans le ballet mystérieux du cristal chevauchant le cristal, les caravaniers approcher un tison du lustre pour prendre de la lumière afin d’allumer la dernière mémoire du rêve. Heureux ceux qui savent rêver dans leur salon et savent voir dans le lustre qui se dédouble, les pas des caravanes écrire des légendes dans le sable des déserts qui toujours ont soif.

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Sméagol

C’est que je me sens caparaçonné, sur une page noire écrivant en blanc ; aussi c’est comme si j’écrivais avec de la neige sur la nuit. Alors je sens tout le froid s’engouffrant dans cette ombre où mes mots s’impriment silencieusement. Allons allons, mes mots se présenteront d’eux-mêmes !
Moi ? Oh on m’a appelé de bien de noms dont celui-ci que j’aime bien : Sméagol ! Voyez comme ça se prononce ? Vous ouvrez la bouche exquisément comme ceci…oui comme ça ! D’où me vient-il ce nom ? D’aussi loin que ma mémoire peut me revenir, je ne m’en souviens guère. Je crois qu’on m’a toujours appelé comme ça. Qui ? Mais les mythes, les légendes et autres fantasmagories que vos ancêtres (ah il faut bien puisqu’il n’y avait pas de télé !) se plaisaient à se raconter autour d’un feu ignare et graveleux. A l’époque, on ne parlait pas encore de fiction comme l’un des lieux probables de ma naissance ; il fallut attendre le livre de Tolkien pour que certains abrutis commencèrent à le croire. En fait le Seigneur des anneaux fut seulement l’occasion de ma résurrection. J’existais bien bien avant !

Règles mortelles

C’était ça les règles du jeu ,je feins et tu aussi ,mais le piège s’est refermé sur ceux qui l’ont tendu c’est à dire nous. T’as braqué un moment la tête de ton regard d’hermine sur mon âme et t’as vu l’amant parfait ,j’avais l’âme en morceaux et ma fragilité d’homme a achevé de te conquérir .Il n’en fallait pas plus pour que je refaçonne chaque cloison de ton univers ; avec mes mots (jamais sans !) ,j’ai fait jouir ton âme d’enfant, réveiller les rêves qui dormaient à poing fermé dans les limbes de ton esprit, pris la Poésie Express pour installer des sourires à chaque millimètre de ton existence .Ton corps était ma cornemuse, j’en tirais des mélodies à faire pâlir d’envie les muses d’Elvis Presley.

Mais un jour je me suis lassé,las d’être heureux continuellement, il me fallait pour vivre et aimer la vie ,mon lot de drames…Alors comme (en fait c’est tout l’opposé )un big bang ,j’ai disloqué, fait s’effondre le pont de verre qui faisait se joindre nos deux âmes ,par ennui il faut bien te l’avouer.

T’aimer était un contre-temps et j’ai dû me sortir de cette galère en devenant l’abominable amant que tu as immanquablement voulu ne pas voir

Nostalgique du vieux Temps poussif

Ça me manque le rire cylindré des frangins au crépuscule ,Halil ,Manu ,Delville et Elisée ,ça me manque au petit matin l’odeur mouillée de la prêle des champs, vivace comme un songe d’été !Ça me manque les fameux carambolages au lendemain de la Noël sur l’autoroute de Sèmè-Podji, les longs périples à moto le postérieur en feu et le dos raide;les dimanches oisifs passés à griffonner des rêveries gauches et barges sur du papier A4 jauni ;c’était l’époque des amours foireux et idéalisés ,je me rappelle Phalone, Mesmère ou Aïcha que j’ai aimées entre deux pétages de cœur .On était des préhommes ,et l’espoir brillait encore comme un sou neuf.Je me rappelle les longues veilles anticipées devant l’amphi Idriss Deby Itno du Campus ou les virées bordeless à la cafet des frères Diallo .C’est à ce moment que l’espoir commençait à perdre de son éclat premier, on était devenu des hommes .Je me rappelle avec affection des jours de disette où un quignon de pain faisait notre bonheur ,et ça me manque la chaude sollicitude des aînés de l’UAC ,Bonheur ,Fabrice ,Corneille ,Razack et tant d’autres ;les longues parties de play station passées dans la cabine de Fabrice. Ça me manque l’incertitude insolente des jours d’antan et la complicité du temps qui semblait statique et acquiesceur. Ça me manque ce pays de merde et que j’adore pourtant ,la seule terre au monde où Dieu est présent même dans l’ombre .

Où l’on va …

Où l’on va ma puce, on ne voit bien qu’avec le coeur. J’ai mis les voiles vers les jours d’avant. J’ai mis plein gaz sur des destinations connues. Des routes aux odeurs de brûlé et de pelures d’ananas me reviennent en mémoire. Sourire en coin, je me souviens que j’ai peuplé ta béance à ras bord comme un verre de suze. Je me souviens du milliard de câlins restés sur la touche et pas emportés .L’espoir a foiré son coup, je te dis pas la grande déculottée que l’amour va prendre ! Votre Cupidon est une chiffe molle prétentieuse ,mon petit doigt me l’a toujours dit .Où l’on va ma puce, il n’y a pas de destination, pas d’aller-retour ,pas de départ non plus.

Virées mortelles

Cent échappées belles

Cent accélérations

J’ai mis la gomme

Et bradé l’asphalte.

Amis d’hier

Vous rappelez vous

Les virages négociés

Dans la brume et l’alcool,

Du vroum de la bête

Quand je pressais la détente ?

La devise était de partir

En roulant

Le cœur haut

La main sur le volant

Et le pied sur la gomme !

Mes amis

Zoul, Pearl et Nico

Pearl que les meufs

Aimaient plus que nous,

Zoul qui faisait ses abultions

Avec du whisky pur

Nico qui disait

Je peux me droguer

À la coke, à la weed

Toutes ces conneries

Mais jamais je ne mentirai,

Et moi assez barge

Pour me tenir au milieu de vous.

Cent échappées belles

Je me rappelle ce bolide

Qui semblait toujours sur les nerfs

De ce moteur qui avait des griefs

Contre le bitume .

Scélerats tirés à la Clint Eastwood 🤨

Mes amis vous rappelez vous

De la baston flanquée à John Conflex ☺?

Faudrait écrire dessus un jour

Ou aller se la raconter autour

D’un Martini Pulman 70 et de 1000 hahaha !

Mes amis je me sens si seul

Ces années folles me manquent

J’ai la flemme de me faire

De nouveaux potes

Je suis pas doué à ce jeu là 😏

Il faut que j’aille vous chercher

Un de ces quatre 🌹

Ma sclérose en plaques fait chier

Mais la weed sait si bien embrumer elle!

Mes potos sûrs

Allons foutre à la route une bien bonne

Allez une dernière virée

Ne vous faites pas prier les mecs !

Cette fois c’est moi qui monterai la bête

J’ai encore de la poigne 💪

Les clés sont toujours sur la vieille commode

La bête bestiale est au hangar

Elle n’a jamais été aussi prête 🤗

Mais ne dites vous rien ?

Hombres ! Amis gauchos !

Hélas je délire sec

Vous êtes tous morts!

J’ai aimé l’amour malgré moi

Lorsque vous remonterez de l’abîme où je suis,lorsque par un miracle qui tient lieu du miracle-pardon je me répète-,vous parviendrez à la surface, vous veillerez n’est-ce pas, à faire toute la lumière sur cette affaire sordide ,sur ce galimatias de rumeurs folles au choeur desquelles l’on m’a peint meurtrier sanglant du cœur de cette jeune femme que je ne veux point nommer ici, et que bien entendu tous ceux qui me lisent, connaissent,-allez, osez prétendre le contraire bande d’aficionados !Non je ne suis pas l’homme qui a enfoncé la lame du destin dans la côte du Christ, pas plus que l’affreux malhomme que vous dites que je suis et que vous aviez si passionnément cloué au pilori des gémonies publiques.

Lorsque vous serez revenus, témoins cyniques et aucunement bruyants, de l’Enfer où ont plu sur ma face souffletée par la calomnie aux mille voix, les postillons glauques des commères du Grand Marché, vous direz à toute la Terre, bien sûr, il y en aura d’assez fieffés pour croire trouver en vos troublantes confessions, du carburant pour alimenter de nouvelles saignées de ma personne, vous leur direz que je n’ai point brisé le cœur de celle que je nomme affectueusement ma sorcière à moi tout seul, de celle que tout Franceville appelle Jeannice. Je sais de quelles supputations criminelles et tordues vous avez bâties les crimes dont vous me faites si obligemment l’auteur. Croyez le ou non, j’aimais cette femme dont le rire était pour moi une échelle où je montais à Dieu,cette femme dont l’exploration silencieuse du cœur m’a conduit aux précipices de l’extase et de la connaissance. D’ailleurs pourquoi conjuguer tout ceci à l’imparfait ? Malheureux que je suis, je l’aime toujours, j’aime ce soleil de mes nuits et par la clarté de qui ,le monde me condamne au cloaque, à la géhenne ,à l’implosion en milliers de moi d’ombres.

Donc lorsque traversant d’un pas alerte et fuyant les ténèbres où je suis encore, et où je serai longtemps encore à moins que ,à moins que oh l’Amour n’assure ma rédemption, donc lorsque rendu à la lumière ,on vous demandera si l’homme jeté injustement au fond de la fosse par les soins de ses bourreaux ,avait quelque ressemblance avec celui qui vous est apparu dans l’éclair des ténèbres…alors patiemment, alors résolumment, alors naturellement, vous leur direz la seule chose qui vaille le cœur d’être dit :Cet homme a aimé celle que tout Franceville appelle Jeannice, et il l’aimera quoiqu’il advienne.